27 juin 2008

Avec le réchauffement, les plantes de montagne migrent en altitude

LE FIGARO - Yves Miserey
27/06/2008 | Mise à jour : 17:05 |
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Les communautés végétales présentes aujourd'hui dans les forêts de montagne, comme ici sur le mont Timponagos, dans l'Utah (États-Unis), risquent de changer au cours du siècle à venir.
Les communautés végétales présentes aujourd'hui dans les forêts de montagne, comme ici sur le mont Timponagos, dans l'Utah (États-Unis), risquent de changer au cours du siècle à venir. Crédits photo : ASSOCIATED PRESS

Dans les massifs forestiers français, les arbres et les plantes herbacées ont grimpé en moyenne de 29 mètres depuis le milieu des années 1980.

L'Impact du réchauffement des températures sur la végétation des zones de montagne est un sujet de recherche encore tout neuf. Une équipe d'AgroParisTech (Nancy), de l'Université catholique du Chili et du CNRS publie vendredi dans la revue Science la première étude à grande échelle sur cette problématique. Une étude promise à un bel avenir scientifique. En effet, les rares travaux réalisés à ce jour ne portent que sur un petit nombre d'espèces végétales ou sur des zones géographiques très circonscrites et, le plus souvent, sur les sommets. Les informations qu'elles fournissent ne peuvent donc pas être extrapolées à d'autres territoires.

L'étude française est ciblée sur la végétation de forêts peu perturbées où les interventions de l'homme sont réduites. Son point fort est avant tout la richesse de ses données. Ces dernières portent sur 171 espèces forestières, dont 66 espèces ligneuses et 115 espèces herbacées. Elles sont suffisamment nombreuses et robustes pour permettre aux auteurs d'affirmer que «les plantes sont en train de migrer avec le changement climatique actuel pour conserver les températures nécessaires à leur survie». Depuis 1985, dans les montagnes françaises, la remontée générale des espèces végétales forestières est de l'ordre de 29  mètres en altitude tous les dix ans. Ce chiffre est une moyenne : il donne une estimation globale mais pas locale. C'est à la fois son intérêt mais aussi sa limite.

 «Le changement pourrait être important»

 En effet, il est certain que les changements ne sont pas les mêmes entre les différents massifs. L'impact du réchauffement varie aussi entre les différentes espèces. L'auteur principal, Jonathan Lenoir, d'AgroParistech (Nancy), a ainsi constaté qu'en une vingtaine d'années, les plantes herbacées des sous-bois ont migré de près de 85  mètres en moyenne alors que les plantes ligneuses (arbres, arbustes et buissons) sont allées moins vite : un peu plus de 20  mètres en moyenne.

Les communautés végétales présentes aujourd'hui dans les forêts de montagne risquent donc de changer au cours du siècle à venir. «Le changement pourrait être important mais à l'heure actuelle rien ne nous permet de savoir ce qui va se passer», reconnaît le jeune chercheur qui a publié cette étude dans le cadre d'une thèse sous la conduite de Jean-Claude Gégout. Dans les montagnes, la dynamique végétale qui risque d'être très grande, est imprévisible. On peut penser qu'elle aura aussi des conséquences sur la faune. Même si l'élévation moyenne des températures a été plus importante en France que sur l'ensemble de la planète, tous ces résultats valent pour beaucoup d'autres régions tempérées.

La dimension exceptionnelle de cette étude est due, d'une part, à la grande diversité écologique de notre pays avec plusieurs massifs montagneux situés à des latitudes et sous des climats différents (Vosges, Jura, Alpes, Massif central, Pyrénées et Corse). Mais elle a bénéficié aussi d'une somme d'informations très complètes. Tout au long du XXe siècle, plus de 28 000 relevés floristiques ont été scrupuleusement effectués par des botanistes dans plus de 2 500 placettes. Ces relevés ont été intégrés à une base de données du CNRS baptisée «Sophy». Jonathan Lenoir a également utilisé la base de donnée EcoPlant sur 120 forêts de montagnes, un travail réalisé par l'École nationale du génie rural, des eaux et des forêts (Engref), basée à Nancy.

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